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26/04/2018

Gustave Fagnidi (Doyen des Cadres du Gô):"La Fête de la Liberté nous offre une nouvelle tribune de réactions aux péripéties de la CPI"




Reconnu pour sa discrétion, l’homme qui affectionne les œuvres de l’ombre a bien voulu profiter des colonnes des « Mouvements du Fromager » pour rompre le silence. Dans cette interview, le Président Gustave Fagnidi parle de la Fête de la Liberté qui doit être selon lui une nouvelle tribune de réactions au traitement subi par le Président Laurent Gbagbo à la CPI.

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Monsieur le Président, depuis que vous vous êtes retiré dans votre village natal pour savourer une retraite dorée du reste bien méritée, vous êtes le véritable catalyseur de toutes les actions du FPI dans le Gô. A moins de 48 heures de la Fête de la Liberté, quel est le sentiment du doyen des cadres que vous êtes ?
La Fête de la Liberté commémore l’événement le plus important de la vie de la Nation, le multipartisme ou le couronnement de plusieurs décennies de lutte farouche pour la liberté, la justice sociale et la démocratie. Il s’agit pour nous, ressortissants du Gô, d’un honneur que le FPI nous fait et que nous n’avons pas le droit de bouder. Mon sentiment est celui de tous les ressortissants du Gô, c’est-à-dire un sentiment de fierté. Vous comprendrez donc cette mobilisation exceptionnelle qui vise à mériter la confiance du parti qui a été placée en nous. Je n’ai plus aucun doute que ce rendez-vous des démocrates de tous les horizons sera une réussite totale. C’est de cette façon que nous pouvons convaincre davantage l’opinion internationale que la soif de la liberté est une réalité incontournable en Côte d’Ivoire.

Pendant que vous préparez activement cette fête, certains cadres de votre parti contestent son opportunité dans un pays où ils jugent le pouvoir liberticide. Que leur répondez-vous ?
Le multipartisme qui est prévu dans la Constitution de la Côte d’Ivoire indépendante, n’avait jamais été autorisé avant avril 1990. Il y a donc lieu de reconnaître et de fêter cette victoire des démocrates ivoiriens, même s’il est de notoriété qu’il ne s’agit que d’un tremplin. Aujourd’hui, il y a une pléthore de partis politiques d’obédience différente dans notre pays et la pluralité de l’information, c’est une parcelle de liberté que nous avons arrachée de haute lutte, et il nous appartient maintenant de l’élargir courageusement dans le temps pour atteindre nos objectifs fondamentaux qui sont largement à notre portée. Ne nous y trompons pas car ici c’est une course de fond et non une course de vitesse. Oui, des propos qui sont attribués à certains intellectuels proches du FPI remettent effectivement en cause l’opportunité d’une fête qui nous est tant chère et qui occasionne chaque année d’énormes sacrifices financiers. A ces cadres, je dirais que les écritures saintes nous enseignent que la patience est un fruit de l’esprit. Celui qui emprunte le chemin de la patience rencontre toujours le succès, et le succès en termes d’amélioration de notre parcelle de liberté ne relève plus que d’une banale question de temps.

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Que vaut la fête de la liberté sans Laurent Gbagbo, le précurseur de la lutte qui a été couronnée en avril 1990 ?
L’incarcération de Laurent Gbagbo dans les circonstances que nous savons tous, continue d’étonner l’opinion internationale qui ne cache pas son indignation quand elle analyse les péripéties de cette procédure judiciaire. Au rapport de force qui profite aux impérialistes, nous devons opposer la dénonciation pacifique. Les démocrates du monde entier bougent déjà en faveur de notre leader qui subit actuellement ce rapport de force, et c’est le lieu d’affirmer que le combat a dépassé la dimension nationale, il est devenu panafricain au regard de l’apport des panafricanistes les plus réputés du monde. Même si on ne le dit pas concrètement, la Fête de la Liberté offre une nouvelle tribune de réactions au traitement d’un ancien chef d’Etat qui croupit dans les geôles de la CPI. Voilà une nouvelle source de motivation et la preuve que Laurent Gbagbo ne sera pas physiquement à cette fête mais son âme planera sur toutes ses étapes.

La rentrée politique de la Section FPI de votre village natal a été la toute dernière action politique en date que vous avez boostée en vue d’en assurer la réussite. Gustave Fagnidi serait-il une recette magique pour le succès du FPI dans le Gô ?
Comme vous le savez, le FPI est un parti organisé et à ce titre il y a des voix plus autorisées que moi pour parler en son nom. Mais, il m’arrive souvent de proposer ma vision aux organisateurs des cérémonies politiques dans le Gô, et j’ai toujours été agréablement surpris de constater qu’ils s’inscrivent majoritairement dans cette vision. C’était encore le cas à la rentrée politique de la Section Victoire de Babré 1 où le Gouverneur Henri Dacoury-Tabley a gratifié les nombreux militants d’une brillante intervention. Quand la source est bonne, on y revient, dirait-on. C’est la seule explication que je trouve quand je suis sollicité soit pour offrir ma médiation dans le règlement des conflits internes, soit pour donner mon avis dans la conception d’un projet ponctuel. Sans être une recette magique qui suffirait au succès du FPI dans le Gô, je pense que je suis un conseiller privilégié pour mes cadets qui préfèrent puiser à ma source, étant convaincus que c’est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper. Quand je vois le rôle que je joue pour la cohésion de notre famille politique, je minimise le poids de la responsabilité pour me laisser convaincre que je suis l’une des composantes de la dynamique du FPI dans le Gô, et en cette qualité, je ne devrais décevoir sous aucun prétexte.

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Monsieur le Président, vous êtes présenté par les leaders d’opinion du Gô comme un médiateur expérimenté et efficace. Pourquoi laissez-vous les deux tendances FPI s’entredéchirer alors que vous avez les moyens de colmater les brèches de la division ?
Ce ne sont pas les médiateurs qui manquent au FPI, mais nous sommes malheureusement dans une situation où certains dirigeants privilégient leurs intérêts personnels au détriment de ceux du parti. Au cas où vous ne le sauriez pas, d’influents cadres du parti ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour tenter de réconcilier les deux tendances, ce qui nous aurait mis à l’abri de ces poursuites judiciaires insensées et honteuses qui ont été préjudiciables au parti. Au stade actuel de la vie du parti, il y a des signes qui ne trompent pas, les protagonistes de cette crise savent qu’ils courent à leur perte et qu’ils doivent parler le même langage s’ils souhaitent la libération de Laurent Gbagbo et la reconquête du pouvoir d’Etat. Ici, ce n’est pas une question de médiation mais plutôt de responsabilités politiques à assumer en toute humilité. Je me félicite que le temps ait fait son effet, car l’on constate ces derniers temps un semblant de rapprochement des deux tendances et une amélioration perceptible des rapports entre des dirigeants condamnés à l’entente et à la solidarité. La volonté d’aller à la réconciliation passe par celle de participer effectivement à une fête historique qui rassemble tous les citoyens épris de liberté, de paix, de justice sociale et de démocratie. Si ces les deux tendances venaient à se sentir interpellées par le sens réel d’une telle fête, elles allégeraient la tâche aux réconciliateurs, et la suite ne serait plus qu’un petit jeu d’enfant.

Doyen des cadres de la région, vous êtes aussi le plus écouté grâce à votre humilité qui fait de vous le plus proche de toutes les couches sociales. Vous avez donc une carte précieuse en main, comment comptez-vous la jouer pour booster la mobilisation qui précède le succès.
Je reconnais que je suis écouté par les cadres de chez moi, mais je n’ai rien fait pour mériter ce que je crois être une simple grâce de Dieu. J’use de ce privilège pour réussir des missions quelquefois difficiles auprès d’eux comme c’est le cas aujourd’hui. Des cadres de référence m’ont confié qu’ils ont perdu leur enthousiasme d’antan depuis la chute du Président Gbagbo et qu’ils ne participent plus à la vie du parti. Il a fallu les mots justes pour tenter de les convaincre de revenir à de meilleurs sentiments. Ils m’ont donné la certitude qu’ils seront présents à la fête pour ne pas me désobéir, mais je pense que je n’ai pas réussi à les convaincre quant à la nécessité de reprendre le militantisme même en l’absence de Gbagbo. Je n’arrête pas d’appeler les cadres les plus représentatifs du Gô pour les exhorter à s’approprier cette fête et à jouer à fond leur partition afin de garantir le succès escompté. Ils sont presque tous en phase avec moi. A d’autres, j’ai dit que les Bété ont l’habitude des événements malheureux, ils ne viennent dans leur village que pour participer aux obsèques des membres de leur famille, pour une fois où ils ont l’occasion de se réjouir et d’oublier momentanément la tristesse, ils ne devraient pas se faire prier. Là encore, j’ai été plus que convaincant, et j’ai la certitude que personne ne manquera à l’appel. Plus rien ne nous manquera pour assurer la réussite de notre fête.

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