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27/01/2015

Hommage à Jérôme Bro-Grébé

La cheville ouvrière de la BCEAO

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Jérôme Bro-Grébé, l’éminent économiste qui a gravi les échelons de la BCEAO pour terminer une riche carrière professionnelle à l’UEMOA, était à la fois la fierté de son pays qu’il a su représenter dignement dans les plus hautes sphères des finances internationales, et celle de sa région qui ne jurait que par lui.
D’où vient donc que les mérites du technocrate de la BCEAO se sont substitués à ceux d’un modèle qui aura vaincu les aléas du système éducatif public ivoirien, pour s’offrir un brillant cursus scolaire et universitaire ?
En effet, à une époque où le secteur agricole employait la frange la plus importante de la population active de notre pays, les modestes salariés des autres secteurs d’activité de l’administration coloniale, jouissaient de quelques privilèges. Jérôme Bro-Grébé, le fils de François Bro-Grébé, salarié de son état, aurait bien pu profiter de ces privilèges, s’il n’avait été trop tôt orphelin. Après le décès de son père, il n’avait plus que sa sœur Hélène à laquelle il était d’ailleurs attaché, pour l’épauler dans ses études, car n’ayant aucune attache dans la grande Famille Gnaoré Gbésséhio à laquelle il appartenait et qu’il avait fini par rejoindre longtemps après. Conscient de sa condition sociale, l’élève qui était en pension complète chez les Awéli, réussit à se faire remarquer par ses excellents résultats au cycle primaire et au premier cycle de l’enseignement secondaire, pour se retrouver parmi les meilleurs du Lycée Technique d’Abidjan où il avait d’ailleurs rencontré l’âme sœur Géneviève qui devait devenir par la suite son épouse, sa complice, et beaucoup plus tard à l’origine de la popularité des Bro-Grébé à l’échelle nationale. Etudiant en sciences économiques du temps où les étudiants étaient encore rares dans le pays, il découvrit ses parents de Kpapékou qui se sentaient honorés d’avoir en lui un fils promis à un bel avenir. En un temps record, il décrocha sa maîtrise en sciences économiques qui lui permit d’embrasser une carrière professionnelle bien fournie à la BCEAO où il se fit distinguer encore une fois par ses mérites.
Pour comprendre les mérites des autorités monétaires qui ont la mission essentielle de garantir l’équilibre sur le marché de la monnaie, il faut remonter à l’offre et à la demande de monnaie qu’elles doivent égaliser, alors que les deux données ne sont pas de la même nature. La demande qui est exprimée par les agents économiques pour diverses raisons, notamment la spéculation, la préférence de la liquidité, est maîtrisable et constitue de ce fait une donnée endogène. Alors que l’offre qui échappe à la compétence de ces autorités monétaires est considérée comme une donnée exogène. Egaliser ces deux données est quasiment impossible et relève d’un véritable miracle. C’est ici qu’on apprécie à juste titre la mission de ceux qui sont assez imaginatifs pour ne laisser l’économie dans une situation ni trop inflationniste, ni trop déflationniste.
Oui, les économistes de la BCEAO qui mettent les états membres à l’abri de l’inflation d’origine monétaire sont incontournables pour la santé des économies nationales. Dans cette banque d’émission fermée aux compétences extérieures, les économistes principaux sont soumis à l’obligation de réserve, et considèrent la solidarité comme la chose la mieux partagée. L’on comprend donc pourquoi les exploits personnels qui devraient assurer la célébrité de leurs auteurs, sont attribués à l’institution bancaire et à ses grands décideurs qui sont les seuls à connaître les cerveaux de la maison. Jérôme Bro-Grébé en était un, mais c’était malheureusement un secret de la maison. Il n’avait été révélé au grand public qu’à l’occasion de l’affaire Dioulo. On s’en souvient, dans une de ses déclarations solennelles, Lamine Diabaté, alors gouverneur de la BCEAO avait cité l’économiste principal Jérôme Bro-Grébé comme celui qui avait la lourde charge de gérer ce dossier brûlant de la République. Sans le vouloir et peut-être sans le savoir, le gouverneur venait de trahir un serment en vantant implicitement les mérites d’un de ses plus proches collaborateurs, et il n’en fallait pas plus pour que celui-ci devînt célèbre au plan national. Les missions de l’enfant terrible de Kpapékou dans les Institutions de Bretton Woods ne se comptaient plus, et contribuaient à renforcer la qualité de cheville ouvrière de la BCEAO, qui lui était attribuée au regard de ses exploits exceptionnels qui convergeaient vers les plus grandes ambitions de cette banque d’émission. Croulant sous le poids des mérites, il avait désormais le profil qui pouvait lui assurer un poste ministériel, mais encore fallait-il qu’il fût un militant influent du PDCI-RDA, le parti unique qui avait ses propres critères de sélection et de promotion.
Une nouvelle aventure devait commencer pour lui, loin de ses atouts de la BCEAO, et dans un environnement où les loups étaient sans pitié pour les agneaux. Inconnu et inexpérimenté sur le terrain de la lutte politique, Jérôme était face à un problème de choix entre le réseau de son épouse Géneviève dont les privilèges étaient liés à ses origines nobles, et celui de sa région aux côtés de nombreux faucons savourant des faveurs inespérées et imméritées. Il sollicita et obtint le parrainage de Laurent Didi Langui, un des barons du Fromager qui se trouvait être son proche parent. Les armes qui avaient assuré la célébrité de l’éminent économiste s’étaient avérées inefficaces sur le terrain de la lutte politique, contraignant celui qui devrait être le guide de ces suiveurs moutonniers qui faisaient office de dirigeants, à supporter leurs caprices. Commis à de basses besognes par la seule volonté de ses nouveaux maîtres, le dignitaire de Kpapékou aura connu une carrière politique aussi médiocre que ses encadreurs. Et pourtant, il avait les moyens de réussir en politique, mais sûrement pas dans un parti où les critères de promotion sont à la discrétion d’un groupuscule de parvenus versant des primes à la médiocrité. Cette expérience amère aura conduit Jérôme Bro Grébé à haïr le PDCI-RDA, ses acteurs, et le copinage comme moyen de promouvoir les cadres. Mais pour sa propre sécurité, il n’avait aucun intérêt à exprimer cette haine.
L’avènement de Laurent Gbagbo fut une aubaine pour les technocrates en général et pour celui qu’il convenait d’appeler un oublié du régime qui l’avait pourtant révélé aux Ivoiriens, Jérôme Bro-Grébé.
Alors qu’il était le représentant du Gouverneur de la BCEAO à l’UEMOA, il fut promu commissaire de la Côte d’Ivoire, chargé des fonds structurels et de la coopération internationale de cette institution sous-régionale par le Président Gbagbo, en remplacement d’Eugène Yai. Poste qu’il occupait quand les impérialistes de ce monde des injustices ont mis fin au régime de Gbagbo.
Mieux placé pour comparer les deux derniers régimes ivoiriens, le commissaire de l’UEMOA qui était le témoin de la recrudescence de la criminalité liée à la crise post-électorale, n’avait pas osé mettre sa sécurité en péril en choisissant de rentrer en Côte d’Ivoire pour y vivre une retraite dorée.
Pillards et vandales avaient causé d’énormes préjudices à sa famille, laissant sa résidence des Deux Plateaux Vallons et l’officine de sa fille aînée dans un état abominable. C’était là un véritable avertissement pour Géneviève Bro-Grébé qui était dans le collimateur de Ouattara pour son soutien au régime de Gbagbo que le nouveau chef de l’Etat assimilait à une action subversive.
De nombreux analystes s’interrogent encore sur l’option jugée suicidaire de l’expert financier, c’est-à-dire sa décision de demeurer à Ouaga, parmi les alliés du nouveau régime d’Abidjan qu’il semblait craindre, pendant que les autres exilés politiques vivent en toute sécurité au Ghana. Ici, on pourrait penser que l’illustre candidat à l’exil avait préféré le mal au pire, le pire étant la cohabitation avec ceux qui sévissaient hier dans la moitié Nord du pays et qui exercent aujourd’hui le pouvoir d’Etat. C’est le lieu de reconnaître qu’en l’absence de son médecin personnel résidant à Abidjan, ce réfugié politique était exposé à l’insécurité sanitaire. Force est de reconnaître qu’une banale crise qui aurait bien pu être vaincue par son médecin qui le connaissait mieux, a fini par l’emporter, au grand regret des siens.
Le décès inopiné de cette haute personnalité proche de Laurent Gbagbo dans des circonstances mystérieuses, est la nouvelle preuve que les effets de la crise post-électorale défient le temps comme ils ruinent l’espoir des Ivoiriens qui appellent la réconciliation nationale de tous leurs vœux.
Fernand Zogoué (fzogoue@yahoo.fr / Tél : 08080390)

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