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11/06/2014

Discours-Programme de Docteur Joachim Gballou, Candidat à la Présidence de la MUDEK

Chers frères et sœurs,
On pourrait penser que la tâche de la liste unique que je conduis, est allégée dans la mesure où nous n’avons aucun adversaire dans cette compétition que nous voulons fraternelle. Or, nous mesurons le poids de la responsabilité que nous sommes appelés à assumer pour prétendre répondre à votre attente quand vous nous donnerez le 14 juin prochain les moyens d’exercer les fonctions dévolues aux responsables de la MUDEK, notre mutuelle qui est face à son avenir et qui exige de nous la fraternité, la solidarité, la cohésion sociale, la tolérance, ces valeurs qui commandent le développement que nous appelons de tous nos vœux. La candidature unique peut certes nous assurer la victoire, mais elle ne peut pas pour autant changer les enjeux du scrutin que nous connaissons tous, ni modifier l’itinéraire qui devrait nous conduire au succès. C’est le lieu d’avouer que la mission pour laquelle nous sollicitons vos suffrages est d’autant plus difficile qu’elle suppose l’adhésion totale de toutes les forces vives du village à une structure malade de l’insuffisance de ses membres actifs.
Nous n’avons pas la prétention d’avoir une recette magique pour réussir là où les autres ont échoué, mais au moins pouvons-nous compter sur votre engagement à nos côtés pour qu’ensemble nous puissions vaincre les obstacles d’hier dont la division, la méfiance généralisée, et la suspicion.
Les malheureux incidents survenus le dimanche 1er juin au Baron de Yopougon, traduisent clairement le malaise né de ces maux qui minent la mutuelle, résistant aux hommes et au temps. Je voudrais m’attarder sur ces événements qui mettent à rude épreuve l’image d’une famille unie, pacifique et solidaire que nous voulons offrir au monde entier. Il s’agit d’une situation qui nous interpelle tous autant que nous sommes et qui devrait trouver des solutions idoines pendant qu’il est encore temps, avant l’avènement de la nouvelle équipe dirigeante.
En d’autres termes, nous sommes condamnés à la réalisation d’un véritable consensus autour de notre liste, pour dissiper les adversités malsaines, au risque de supprimer les symptômes des maux que nous déplorons sans vraiment les guérir.
Chers frères et sœurs, nous vous invitons ici et maintenant à dépasser les querelles intestines et à vous investir pleinement dans le rayonnement de notre mutuelle, vous que nous considérons comme la composante la plus importante de la nouvelle dynamique qui devrait nous permettre de réaliser des exploits inédits sur notre parcours.
Compter sur ses moyens personnels pour espérer réussir une telle mission est une véritable illusion, c’est donc pourquoi nous vous considérons comme le capital que nous devrions faire fructifier au cours de notre mandat pour mériter votre confiance.
Il est de notoriété que le premier responsable d’une structure comme la nôtre devrait être avant tout un serviteur chargé de coordonner les efforts de ses membres dans leur diversité, afin qu’ils convergent vers les objectifs à atteindre. Aussi, avons-nous prévu de corriger une injustice criarde, en associant désormais les Kpapa de la diaspora à la gestion quotidienne, par l’attribution d'un poste de vice-président à l’un des leurs. Ce serait la meilleure façon d’encourager leur volonté réelle d’appuyer les actions des locaux.
Notre programme d’activités n’aurait aucun sens sans vous qui êtes au centre de tous les projets que je voudrais énumérer avant même de faire allusion à tous les mérites que vous avez bien voulu nous reconnaître et pour lesquels je voudrais vous exprimer la gratitude d’une équipe qui ne compte que sur vous.
La radioscopie de la MUDEK telle qu’elle a été faite sous la direction du Comité Ad hoc, nous conduit à un diagnostic sans complaisance qui justifie toutes les priorités définies conformément aux réalités du terrain et leur hiérarchie établie sur des bases saines.
La Jeunesse
Une équipe responsable, c’est celle qui écoute la Jeunesse et qui lui offre toutes ses chances. Nous savons que le système éducatif public réputé sélectif n’a pas permis l’émergence d’une bonne frange de la jeunesse qui exerce désormais en milieu rural en l’absence de véritables moyens. Il est donc impérieux d’améliorer ses conditions de vie et de travail par un appui stratégique de la Coopérative Agricole des Jeunes du village. Cet appui financier et matériel irait aussi à la Jeunesse estudiantine qui a besoin d’un encadrement efficace pour jouer sa partition dans la poursuite du développement local, mais aussi pour assurer son parcours scolaire ou universitaire.
La création d’une brigade de salubrité serait la meilleure solution à la situation d’une autre frange de la Jeunesse en proie à l’oisiveté, et exposée de ce fait à la délinquance juvénile. Cette innovation vise à générer des ressources à ceux qui en sont dépourvus et qui sont dans le désespoir absolu.

La Santé
Le droit à la santé est un droit patrimonial auquel nul ne peut renoncer, même pas le paysan dont les revenus sont insignifiants pour assurer sa santé. Nous avons un plan ambitieux dans le domaine sanitaire qui prévoit entre autres l’affectation d’un médecin dans le centre de santé de notre village, la conception d’une mutuelle de santé pour une prise en charge plus efficiente des malades quasiment démunis, car c’est ici que la solidarité aurait un vrai sens.
Malgré sa bonne volonté de servir, le personnel du centre de santé du village est confronté à un manque d’équipements, et le doter de matériels biomédicaux serait la meilleure façon d’améliorer l’efficacité de la prise en charge des malades, mais aussi d’améliorer la productivité du personnel.
Le centre de santé est un environnement spécial où les règles de l’hygiène doivent être strictement respectées, ce qui justifierait la fourniture régulière de produits d’entretien. Toute la logistique que requiert la réhabilitation du centre de santé serait pour nous une priorité occupant une place de choix dans la hiérarchie de nos priorités.
Des offres alléchantes émanant de nos partenaires extérieurs nous permettraient d’assurer la dotation en produits pharmaceutiques à un rythme raisonnable au grand bonheur de nos parents qui sont quelquefois des innocentes victimes de leurs conditions sociales et qui trouveraient en la gratuité de ces produits, un véritable motif de satisfaction et de soulagement.
Des organisations internationales organisent périodiquement à travers le monde des missions médicales dans les spécialités les plus onéreuses et les moins accessibles au bas peuple. Ainsi, ces missions se pencheraient sur des cas de santé très sensibles, qui échappent jusque-là à la compétence des établissements de notre district sanitaire.

L’Education
La couverture en besoins alimentaires est à l’origine de l’épanouissement intellectuel et physique de l’élève. Or, nous savons que ce qu’il convient d’appeler des besoins biologiques indispensables sont rarement satisfaits en milieu rural surtout chez les écoliers abandonnés à eux-mêmes pendant que leurs parents vaquent à leurs occupations champêtres. Un appui financier de la cantine scolaire s’impose et la création d’une autre peut être envisagée pour accroître le nombre des pensionnaires.
La répétition étant pédagogique, le suivi des élèves en dehors des classes pourrait contribuer à l’amélioration des résultats scolaires notamment le taux de réussite aux examens scolaires, surtout chez les moins doués qui ont besoin d’une assistance minimale pour se maintenir parmi les moyens, ce qui leur éviterait l’exclusion, un souci pour les parents qui ont déjà assez de préoccupations.
L’institution du Prix de l’Excellence pour récompenser les écoliers les plus méritants s’interpréterait comme une véritable source de motivation, quand on sait que certains écoliers ignorent les avantages de l’école, ce qui constitue une entrave réelle à la motivation. Cette motivation pourrait être renforcée par la désignation de certains écoliers pour participer à des colonies de vacances au plan national et même international, selon des critères très objectifs.
Nous sommes à une période exceptionnelle de la vie de la Nation, marquée par la rareté des bourses d’études. A défaut de nous substituer à l’Etat, nous pourrions accorder chaque année des bourses d’études aux 10 meilleurs écoliers du village.

L’Agriculture, La Pêche, l’Environnement, l’Elevage
« L’économie de la Côte d’Ivoire repose sur l’agriculture », a-t-on coutume de dire pour montrer l’importance que les pouvoirs publics accordent à ce secteur d’activité. Dès lors, l’on comprend la légitimité des plans gouvernementaux d’assistance aux producteurs, mais pour y prétendre, il faut un minimum d’organisation qui passe par la création de coopératives fiables, par la formation des personnes ressources de ces coopératives (initiation à la gestion, notion du code foncier en général et du foncier rural en particulier). C’est là le pré supposé de la signature d’une convention d’assistance avec l’ANADER et la SAPH pour appuyer les planteurs de notre village qui aspirent à la rémunération optimale de leur dur labeur, mais qui hélas sont contraints à des revenus insignifiants.
Les femmes, ces spécialistes des cultures vivrières, sont les parents pauvres du secteur agricole. Elles sont livrées à elles-mêmes sans la moindre assistance. Il s’agit là d’une disparité sociale qui n’a que trop duré. En attendant de leur trouver des partenaires nationaux et internationaux, l’organisation de la fête du riz dotée du prix de la meilleure productrice, traduirait notre volonté de corriger cette disparité sociale.

La Femme, l’Enfant, la Famille
Loin des féministes européennes qui revendiquent fièrement l’égalité de droits entre l’homme et la femme, la femme africaine s’est toujours complu dans le rôle insignifiant qui est le sien dans l’organisation de la société où elle vit, contribuant par là même au fondement des préjugés qui la révèlent comme un être inférieur ou pire l’esclave de l’homme dans le foyer conjugal. Or, il n’en est rien. En réalité, parce qu’elle est généralement incapable d’assumer ses responsabilités conjugales du fait de son insolvabilité, elle développe elle-même un complexe d’infériorité que son conjoint exploite malicieusement pour la dominer. Nous voulons donc créer les conditions de l’émergence de la femme de Kpapékou, c’est-à-dire lui indiquer la voie qui peut lui assurer un avenir professionnel dans le secteur informel et au besoin lui garantir l’encadrement nécessaire pour atteindre la dimension des Irié Lou, c’est-à-dire prétendre au leadership national du secteur du vivrier. C’est à cette condition que la femme, notre mère bien-aimée pourrait récupérer ses droits les plus élémentaires auxquels elle semble renoncer sans le vouloir et sans le savoir.
Nous prévoyons la redynamisation des coopératives féminines pour permettre aux femmes de Kpapékou d’intégrer de puissants réseaux nationaux et internationaux qui pourraient booster leurs actions afin qu’elles débouchent sur le succès. Des appuis financiers accompagneraient les actions de motivation dont l’organisation de concours culinaires pour encourager les talents de certaines femmes qui excellent dans ce domaine.
Les consultations prénatales visant à prévenir les accouchements difficiles sont quasiment inexistantes en milieu rural. L’organisation du concours du meilleur bébé serait une mesure d’incitation à la prise de conscience de la mère pour que le suivi de sa grossesse soit une préoccupation pour elle. Car si l’enjeu est sérieux, on y met les moyens, dit un adage populaire. Le suivi de la grossesse s’interpréterait pour la mère comme le meilleur moyen d’être primée à ce concours. Par la même politique, on réduirait à la fois la mortalité infantile et maternelle.

Les Infrastructures
La connexion de notre village au réseau électrique national remonte à 1973. Plus de 40 ans après, non seulement les installations ne répondent plus aux nouvelles normes du secteur de l’électricité, mais aussi et surtout la vétusté et l’exiguïté des installations rendent aléatoire la mission de la CIE qui consiste à assurer la qualité du service pour le bonheur des usagers, d’où la nécessité de l’extension du réseau local pour éviter les désagréments intempestifs de toutes natures qui causent d’énormes préjudices à nos parents.
L’eau étant source de vie, il est déplorable que pour des raisons similaires, les populations villageoises soient privées d’eau pendant plusieurs jours. Alors qu’en dehors de la SODECI, elles n’ont plus aucun autre moyen de se ravitailler en eau potable. L’extension du réseau de la SODECI est un impératif prévu dans la correction des disparités régionales qui incombe à l’Etat, mais nous comptons faire notre part pour que l’aide de l’Etat vienne en appoint.
Ici encore, nous insistons sur la propreté qui commande la prévention des maladies dont les plus bénignes sont quelquefois fatales à ces populations démunies et incapables d’assurer les soins les plus élémentaires. La Jeunesse serait mise à contribution pour assurer régulièrement le nettoyage du village grâce à la logistique que nous mettrions à sa disposition.

Le Sport et les Loisirs
Je suis le produit que la sélection de Football de Kpapékou a offert à l’OISSU et par la suite à la Ligue Nationale. Je sais ce que ma qualité de footballeur m’a apporté dans la vie. Et à ce titre, je suis condamné à la gratitude envers mon village où j’ai fait mes premières armes, avant d’avoir ma lettre de noblesse, avant d’acquérir la notoriété nationale qui aurait pu m’assurer un avenir professionnel en Europe par le biais de mon ancien proviseur, si je n’avais pas opté pour les études. Je réalise que nous devons donner aux générations futures ce que nous avons gracieusement reçu de nos prédécesseurs. Nous comptons mettre en place une assistance technique qui se pencherait sur le développement du football dans notre village, et qui veillerait sur les intérêts de la sélection du village surtout quand elle serait engagée dans les tournois inter-villages pendant les vacances scolaires et universitaires.
Nous constatons avec beaucoup de regret que les loisirs qui faisaient le bonheur des vacanciers ont disparu, si bien que les élèves qui s’aventurent à passer leurs vacances à Kpapékou sont désormais exposés à des dangers dont les plus redoutables sont la toxicomanie, le vol, la prostitution. Pour faire reculer la délinquance juvénile, nous pourrions imaginer chaque année en accord avec la Jeunesse des manifestations socio-sportives avec en apothéose une grande fête de réjouissance qui réunirait toutes les générations.

La Culture
Notre patrimoine culturel a disparu sous nos yeux, sans la moindre réaction, simplement parce que nous avons refusé implicitement de prendre le relais de nos parents. Nous n’avons pas pu concilier l’école et la pratique de notre riche culture. C’est un véritable drame qui nous contraint aujourd’hui à la recherche d’une nouvelle identité culturelle. Guéhi André était spécialisé dans le Kobi qui précédait les parties de chasse; Lébri Maurice et Grébé Okoulèdigbi assuraient la transmission des messages dans les villages voisins par le tam-tam parleur; Séri Zobo était le maître de la parole et le véritable dépositaire de la tradition orale; Souwinnè Krouna était le maître à danser qu’on comparait à une toupie. A part Séri Zobo dont les héritiers sont regroupés dans le groupe folklorique Zétchéligba, les autres éminents artistes qui assuraient la richesse de notre patrimoine culturel n’ont pas eu d’héritiers. Leurs arts ont disparu entraînant la disparition quasi-totale de notre patrimoine culturel. En son temps, l’Abbé Robert Téa, alors curé de la Paroisse Saint Jean de Kpapékou, s’était attaché les services du célèbre artiste Gnabo de Dagodio pour tenter de réagir à ce qui n’était encore qu’un appauvrissement de notre patrimoine culturel.
D’autres nostalgiques de ces arts qui sont communs à tous les villages de notre région, croient encore en leur résurrection et travaillent sans relâche dans ce sens. L’organisation des états généraux de la culture à Kpapekou, serait une véritable occasion de mettre en compétition tous les partenaires de la culture pour espérer réaliser le miracle, c’est-à-dire ressusciter notre patrimoine culturel.

La Décentralisation
Nos frères de la Diaspora ont toujours manifesté la volonté de participer à la vie de leur village, et cette volonté est encore plus visible aujourd’hui, car on le sait, ils ont à leur actif de nombreux dons qui donnent une impulsion particulière à la poursuite du développement de notre village. Nous savons qu’ils côtoient les personnalités les plus influentes des réseaux de développement durable à travers le monde, et peuvent de ce fait nous trouver des partenaires au développement. Nous avons donc décidé de leur accorder une place de choix dans la poursuite de nos objectifs fondamentaux. Dans cette optique, nous réserverions un poste de vice-président à la Diaspora. Cette innovation illustrerait notre volonté d’associer à la gestion de la MUDEK toutes les forces vives du village où qu’elles soient.
Tous ces projets qui s’inscrivent généralement dans le moyen terme sont à titre indicatif, tant il est vrai que nous sommes ouverts à toutes les initiatives privées et particulièrement à celles qui convergent vers le développement de notre village.
On ne le dira jamais assez, si la recherche des grands équilibres macroéconomiques et l’amélioration conséquente des agrégats macroéconomiques relèvent exclusivement de la compétence des pouvoirs publics, la multiplication des initiatives privées pour améliorer les indicateurs du bien-être social est largement à notre portée. C’est pourquoi j’appelle ici et maintenant tous les fils et filles de Kpapékou pour qu’ils s’investissent dans la lutte que nous allons conduire, car c’est ensemble que nous pourrions faire mieux.
Vive Kpapékou uni et solidaire!
Vive la MUDEK!
Je vous remercie !

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