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01/02/2010

Qui suis-je?

Comme tous les surhommes et autres démiurges auto proclamés et imbus à l’excès de soi, bardé de mon PHD, j’avais promis redresser cette économie en état de déconfiture avancée et éloigner le spectre de la dévaluation, en 100 jours.
Il est vrai que la promesse avait été faite, à l’orée des années 1990, dans l’euphorie d’une nomination très valorisante : n’étais je pas le premier Premier Ministre du Sage de l’Afrique, ce cerveau politique de premier ordre ?
Cependant, quelques temps plus tard, confronté à une réalité tenace et contraint, de ce fait, à plus de lucidité, j’ai du repousser les échéances et revoir mes prétentions à la baisse : il me faudrait désormais 1000 jours pour atteindre le résultat.
Au bout du compte, débarqué de la primature, toute honte bue, je n’ai pu m’empêcher de tirer les marrons du feu : ma mission consistait, en réalité, à préparer la dévaluation et je l’ai réussie, même si certains ont tenté de s’attribuer la paternité de ce succès et de ses conséquences diluviennes.
Belle performance de sophiste que cette tentative de transformer une cuisante défaite en victoire. Qu’à cela ne tienne ! L’histoire est têtue et m’offre encore l’occasion de m’illustrer.
A la tête d’une équipe d’ économistes ultralibéraux dont je suis en ma qualité de vice président chargé de l’Afrique, de l’Asie et du moyen orient, monsieur Michel Camdessus, Président et Directeur général du Fonds monétaire international engage une politique inspirée du consensus de Washington et qui n’a de cesse de démanteler les acquis sociaux dans les pays pauvres ou en voie de développement qui ont recours à notre institution.
Les mesures d’austérité budgétaire, assorties de privatisations massives ou de réductions drastiques des dépenses publiques d’éducation et de santé, que nous avons imposées en échange des prêts aggravent des crises existantes dans certains de ces pays ou plongent les autres dans des crises sans précédent.
Les exemples du Mexique (1994), de la Thaïlande (1997) puis toute l'Asie du sud est (1997-1998), de la Russie (1998), du Brésil (1999), de la Turquie (2001) et de l’Argentine (2000-2001) sont là qui témoignent de l’inanité des politiques mises en œuvre
Notre rôle sur l'économie mondiale est unanimement condamné tant par les populations poussées inexorablement vers la pauvreté que par nos pairs qui, rompus comme nous aux subtilités de la finance internationale et de l’économie mondiale, ne s’en sont pas laissé conter.
Ainsi Rubens Ricupero, secrétaire général de la CNUCED, dans son Rapport sur le commerce et le développement, a estimé que la politique de libéralisation mise en œuvre a « provoqué le chaos en Extrême-Orient et en Russie et neutralisé les progrès accomplis en Amérique latine ». Quant à ce Joseph Stiglitz, Prix « Nobel » d’économie, notre plus farouche pourfendeur, il a mis en exergue les fautes de notre équipe dans une interview qu’il a accordée au magazine spécialisé Les Echos dans la livraison du 14 septembre 1998 en affirmant, péremptoire :
« Ce qui est grave, ce n’est pas seulement d’avoir exigé des mesures qui ont abouti à la crise ; c’est de les avoir exigées alors qu’il n’y avait pratiquement aucune preuve qu’elles favorisaient la croissance, et de multiples preuves qu’elles faisaient courir aux pays d’énormes risques ».
Au delà de ces commentaires, ce passé « glorieux » dont je partage la palme avec mon ex patron et mentor ne plaide t’il en ma faveur ?
Aujourd’hui, dans le cadre de la campagne électorale, je promets des milliards pour développer les régions : 1055 milliards de nos francs pour la seule région de l’Ouest montagneux.
Régions ? Circonscription administrative ou collectivité décentralisée ?
Ah oui ! les collectivités locales, bien sur, car je suis devenu entre temps un fervent partisan de la politique de décentralisation que je contestais et raillais naguère lorsque l’autre, l’opposant d’alors – comment s’appelle t il déjà ? – la préconisait comme le mode de gestion économique idoine pour notre pays.
A l’analyse, ma stratégie est quelque peu risquée car ces gens que je veux séduire sont certes pauvres mais pas idiots.
Et s’ils se mettent à s’interroger ?
Et s’ils se demandent pourquoi la France et les français, confrontés à la crise du pouvoir d’achat, à la récession et donc à la paupérisation galopante, n’ont pas fait appel à mon ex patron et mentor Camdessus, ce brillantissime économiste dont l’épaisseur du carnet d’adresses, certainement plus volumineux que le mien, et la dimension planétaire du réseau de connaissances et d’amitiés ou se côtoient personnes physiques milliardaires, institutions de prêts et de financements, révèlent l’immensité du champ d’influence ?
Et s’ils se demandent pourquoi, l’ex Directeur général du FMI, mon ex patron et mentor à l’expertise mondialement reconnue n’a pas été choisi pour régler des questions éminemment économiques malgré tous ses atouts inestimables, ses connaissances et son réseau ?
Et s’ils se demandent pourquoi les Français ont plutôt préféré élire monsieur Sarkozy, cet avocat sans grandes connaissances en économie, quasi inconnu sur la scène mondiale mais connaissant son pays et ses compatriotes, leurs attentes, leurs besoins, leur psychologie, capable de souffrir avec eux et de consentir avec eux les sacrifices nécessaires ?
Et s’ils apprennent que finalement monsieur Sarkozy a nommé le 17 octobre 2008 monsieur Michel Camdessus, mon ex patron et mentor, président de la Société de financement de l'économie française (SRAEC) et plus tard, soit le 25 août 2009, l’a chargé de superviser les rémunérations des traders, hérauts du capitalisme sauvage ?
Ils pourraient se dire que si les « blancs qui savent tout » n’ont pas fait confiance à un économiste aussi chevronné c’est parce que les économistes, même brillants, ne sont pas les mieux qualifiés pour diriger un pays. Surtout lorsque, comme nous au FMI, ils n’ont pu réussir dans leur domaine de prédilection.
Chacun a sa place et les vaches sont mieux gardées, dit l’adage. CQFD.
Dois je continuer à croire que les ivoiriens sont immatures et qu’ils ne savent pas que les capitalistes n’ont pas d’amis mais des intérêts ?
Mes mirobolantes promesses et ma pseudo expertise qu’aucune expérience n’a confirmée réussiront elles à les convaincre que ces capitalistes qui ne sont pas des philanthropes n’attendent que mon avènement pour déverser gracieusement des milliards en Côte d’Ivoire ?
Et s’ils m’identifiaient, in fine, à ce flatteur qui, surtout parce qu’il vient de loin, veut vivre leurs dépens en leur faisant d’alléchantes promesses qui, à l’arrivée, n’engageront que ceux qui y auront cru ?


Tiz Soya



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