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01/02/2010

De la servitude acceptée...à la Refondation

L’élection présidentielle qui se profile offre l’occasion de se livrer à une analyse sur le devenir de notre pays à la lumière des résultats de la gestion de chacun des principaux protagonistes qui, il est vrai, ont à un titre ou à un autre dirigé le pays.
Ce sera aussi, hélas, la foire aux promesses et aux contrevérités : le souci de vérité et d’objectivité le cédera à la volonté de s’attirer les faveurs des électeurs.
Ce sera enfin l’occasion d’éclairer nos concitoyens, appelés à désigner leur représentant en leur procurant les connaissances et moyens nécessaires pour se forger une opinion et se déterminer par rapport aux projets et programmes soumis à leur suffrage.

C’est à cette fin qu’il est apparu nécessaire d’expliciter la noblesse du concept de rupture qu’est la Refondation, en prenant le prétexte d’une polémique qui a agité le microcosme politico médiatique l’ année dernière.

En effet, dans un article intitulé « Quand la refondation devient rebfondation » le Président de l’assemblée nationale avait engagé une analyse de la situation économique et sociale que connaît notre pays depuis les profonds bouleversements politico - institutionnels nés de la crise de septembre 2002. Dans ce cadre, il avait reconnu et stigmatisé les mœurs dissolues et les prévarications des élites, « refondateurs » y compris, qui se partagent le pouvoir et ce, au détriment des masses, privées du strict minimum.

Ce discours courageux, éclairé et lucide, en rupture avec la cécité « narcissiste » du passé, n’avait pas eu l’heur d’emporter l’adhésion des contempteurs de service dont l’ire s’était étalée dans une édition spéciale, consacrée à « la gestion chaotique de la Côte d’Ivoire sous le régime FPI » publiée par un journal de la place.
Sacrée performance que celle réussie par nos intellectuels qui, pour l’occasion, avaient déserté l’Olympe du savoir, de la pensée discursive et de la mesure pour nous entrainer dans les bas fonds et sous sols des ragots, des lieux communs, des insultes et autres excès. Dommage !

Qu’importe ! Au delà de ses relents, cette littérature inspire des réflexions que l’on peut regrouper autour d’une problématique centrale : sommes-nous toujours sous l’empire de la Refondation ?

S’agissant de la Refondation, nul ne peut contester, objectivement, qu’elle a été mise en veilleuse depuis 2003.

Le régime hybride et « polycéphale » - la rebfondation, néologisme né de la contraction de rébellion et refondation qui traduit à merveille l’étrangeté de cet attelage pour le moins hétéroclite - dont est dotée la Côte d’Ivoire dans la ligne du partage du pouvoir d’Etat, inspirée des accords de Linas - Marcoussis et confirmée depuis, découle d’un compromis et n’a pas d’ objectif autre que celui de recoller les morceaux d’un pays en lambeaux. Il se distingue donc de la Refondation : ses succès, tares et échecs ne peuvent que lui être imputés.
La Refondation, socle du programme de gouvernement qui avait pour ambition de transformer radicalement la société ivoirienne, dans une perspective généreuse de partage de la prospérité, ce n’est ni la corruption, ni la violence ni la falsification encore moins l’enrichissement rapide et illicite…
- la Refondation, c’est l’assurance maladie universelle, qui recèle en son sein la garantie d’un accès aux soins de qualité pour tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire, sans distinction d’ethnie, de religion, de nationalité ; c’est la démocratisation du droit à la vie.
- la Refondation, c’est l’école gratuite et obligatoire, pour tous les enfants baoulé,sénoufo, agni, moré, gouro, wobè, peulh, yacouba, attié, toura, malinké,koyaka, ,grounsi, bété… vivant en Côte d’Ivoire jusqu’à la classe de troisième , promesse d’un nivellement social par le haut, au moyen de l’instruction ;
- la Refondation, c’est la décentralisation effective des compétences et des moyens pour un développement harmonieux et auto impulsé de toutes les régions du pays, aux antipodes de la vassalisation ethno régionaliste d’antan ;
- la refondation, c’est enfin, et ce n’est pas le moindre des acquis, l’émergence d’une véritable conscience nationale qui transcende tous les clivages, ethnique, religieux notamment.
Il suffit pour s’en convaincre de se remettre en mémoire cette masse informe , véritable marée humaine, s’ébranlant, en cette nuit de novembre 2004, sur les voies sinueuses de la Rivièra, en direction de la résidence officielle du chef de l’ Etat ; masse ou se mêlaient cadres , ouvriers , étudiants, élèves, jeunes ,adultes, chrétiens , musulmans, ivoiriens de toutes conditions, unis par une communauté de destin , unis par une cause éminente : protéger le destin de la Côte d’ Ivoire, protéger celui qu’ils ont librement choisi pour l’ incarner , Laurent Gbagbo.
Le souvenir de cette fillette de onze peut être moins, menant le cortège de sa voix fluette : « est ce que il peut contre mon Gbagbo ? « en ajoute à la magie de la scène.
Après octobre 2000 et la résistance populaire massive, les ivoiriens ont confirmé, les mains nues, la poitrine offerte, leur détermination à s’opposer à toute imposture et à prendre en main leur destin.
Pourquoi une telle mobilisation quand on se rappelle l’indifférence généralisée de décembre 1999 ? Pourquoi une telle abnégation au profit de cet homme issu d’un milieu pauvre, pourquoi une telle identification ?
Gbagbo se confond avec la Côte d’Ivoire et ce peuple qui a trouvé un phare, toujours brillant même au pire de l’adversité, pour le guider et le conduire vers des lendemains qui chantent, le lui rend au centuple.
L’œuvre herculéenne de refondation d’une société complexée face à l’extérieur mais surtout hiérarchisée sur une base ethnique suscite nécessairement l’opposition des propriétaires « divins », arcboutés sur leurs privilèges.

- la Refondation, c’est la construction de l’Eden par nous et pour nous.

L’élection de Gbagbo à la présidence de la République de même que la formation du gouvernement Affi n’en étaient pas les fins mais plutôt les moyens : il s’agissait de conquérir le pouvoir d’Etat pour faire « quelque chose », pour servir ses concitoyens et non pour « être quelqu’un », président ou ministres, encore moins « avoir un peuple à sa disposition ».
Aujourd’hui et depuis cette funeste nuit de septembre 2002, Gbagbo est, certes, toujours le Président de la République de Côte d’Ivoire, mais a-t-il eu les moyens de réaliser ce pour quoi il s’était soumis aux suffrages de ces concitoyens ?
La réponse ne souffre aucune ambiguïté.

Alors, diront ils, pourquoi s’est il accroché ( ?) au pouvoir au lieu que de démissionner ? Apprécions la réponse que le concerné lui-même a apportée à cette interrogation :
« Le sens du combat des Ivoiriens dans leur grande majorité, c’est précisément que la République demeure, que l’Etat continue d’exister et de fonctionner normalement à travers les Institutions qu’ils se sont librement données et les personnes qu’ils ont choisies tout aussi librement pour les incarner ».

Seul l’iconoclaste Gbagbo pouvait produire une profession aussi puissante, digne des philosophes des Lumières. Cette profession, sans compromission, intransigeante sur les principes, révèle la mystique fondamentale de la République : le pouvoir appartient au peuple souverain qui le confie à une personne et ni le recours aux armes ni les pressions et oukases de la Communauté internationale n’y peuvent changer grand chose.
C’est pour contribuer à l’enracinement des notions de République et de démocratie, contribuer à forger la conscience émancipatrice du peuple et, in fine, faire la preuve, une bonne fois pour toute, de l’inanité et de la vacuité des modes anticonstitutionnels d’accession au pouvoir, que Gbagbo a accepté, stoïquement, de sacrifier sa foi et ses rêves, en demeurant président .CQFD.

Au total, le temps d’exercice effectif du pouvoir, 24 mois, n’est pas suffisant pour dresser un bilan significatif de la Refondation
Le Sage a dit : « on ne juge pas au départ mais à l’arrivée » ; pour les juger, messieurs, il eût fallu les laisser aller jusqu ‘au terme de leur mandat. Mais à la vérité, ce départ ! Ah ce départ ! Et ce début d’année 2002 qui a suscité tant d’inquiétudes dans les états major politiques d’Abidjan – sur Seine…une vraie fusée.

Tiz Soya




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