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28/01/2010

Jean Claude Bayou, la dernière interview qu'il a accordée au Magazine Paix et Développement

A une période où le discours polique tourne autour de la couverture médicale de tous les agents économiques de Côte d’Ivoire, le FGCCC vient de dévancer l’Etat sur le terrain, en créant l’assurance maladie des producteurs. Dans cette interview exclusive, Jean-Claude Bayou, DG de cette structure d'appui à la filière café-cacao, présente sa nouvelle trouvaille.


« Paix et Développement » : Monsieur le Directeur Général, nous avons appris dans les journaux que le FGCCC, une structure spécialisée de la filière café-cacao que vous dirigez, vient d’innover en créant une assurance maladie pour les producteurs. Voulez-vous nous présenter ce nouveau produit ?
Jean-Claude Bayou : Je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez de parler d’un dossier important pour moi, pour le FGCCC, pour les paysans et pour la Côte d’Ivoire. Vous me permettez ainsi de clarifier une situation qui peut paraître confuse dans l’esprit de certains analystes dans la mesure où elle est en marge de notre mission essentielle. Nous encadrons les coopératives aux plans de leur financement, du renforcement de leur capacité opérationnelle, et de leurs activités de collecte et de commercialisation du cacao. Nous sécurisons toutes les opérations agricoles et particulièrement celles qui concernent les financements des banques au profit des coopératives. Il apparaît évident que l’amélioration des conditions de vie et de travail des paysans précède toute action que nous menons en leur faveur. Car si nous signons des engagements avec des partenaires dont l’espérance de vie est dégradante, nous ne pourrions jamais atteindre les résultats escomptés. Il est donc nécessaire d’intégrer de nouveaux paramètres dans ces engagements pour les rendre plus fiables. Aussi avons-nous décidé de doter les coopératives d’outils techniques et modernes pour qu’elles prennent en charge la vie des populations agricoles qu’elles encadrent, qu’elles regroupent, qu’elles fédèrent. Ces outils permettraient également d’assurer leur santé et leurs activités. Le FGCCC n’assure pas les paysans, mais il met à leur disposition un outil dénommé assurance maladie des producteurs pour une meilleure couverture médicale, source d’augmentation de leur espérance de vie et d’amélioration de leur productivité. Nous avons contacté la SIDAM qui appartient à un grand groupe. Elle a étudié nos préoccupations et met à la disposition des paysans membres de nos coopératives, des produits mieux adaptés à leur situation actuelle. Cet outil qu’on pourrait aussi appeler la santé verte vient renforcer les capacités de production des coopératives. Le FGCCC est l’initiateur de ce projet révolutionnaire, mais pas pour autant son exécutant. Nous veillerons scrupuleusement à la prise en charge effective de tous nos assurés, pour qu’ils tirent le meilleur profit de la couverture médicale, car c’est aussi notre mission.

« P&D » : Selon le Président Gbagbo, les paysans sont les seuls travailleurs qui ne sont pas assurés. En le prenant au mot, voulez-vous corriger une disparité sociale qui n’a que trop duré ?
JCB : Je ne pourrais pas affirmer que nous corrigeons une disparité sociale. C’est vrai que comme tous les pays en voie de développement, la Côte d’Ivoire a ses réalités qui ont été intégrées dans la politique générale du Gouvernement, notamment les disparités sociales et régionales. La correction de ces disparités relève de la compétence de l’Etat et obéit à des règles bien précises. C’est pourquoi je dirais que cette lutte noble pour une société juste est progressive. Aujourd’hui, le Président Laurent Gbagbo a lancé l’assurance maladie universelle (AMU) pour que toutes les couches sociales soient prises en charge, en matière de santé primaire. Je me félicite que ce projet lui tienne à cœur au point d’être le plus important de son programme de gouvernement. Le Président Houphouet-Boigny avait encouragé les cultures de traite en Côte d’Ivoire. C’est grâce à lui que notre pays a atteint un certain niveau de développement, mais les Ivoiriens ne sont pas devenus riches pour autant. Le Président Gbagbo veut qu’ils le deviennent. Dans sa politique, il veut que leur argent passe par là où ils sont, ou qu’ils soient là où leur argent passe. C’est à ce prix qu’ils deviendront des agents économiques viables et compétitifs. C’est cette volonté qui est traduite par l’AMU. C’est une assurance de couverture de base. Elle s’adresse à tout le monde, car tous les citoyens sont égaux devant le droit à la santé, un droit patrimonial. Mais il faut en plus une assurance complémentaire pour accorder certains privilèges non prévus par l’AMU. Si on part du principe que le nombre d’exploitants agricoles varie entre 1,5 et 1,8 millions, on pourrait affirmer que 15 à 18 millions d’ivoiriens vivent de l’agriculture, puisque 10 personnes dépendent d’un exploitant. On le voit, c’est presque toute la population ivoirienne qui vit de l’agriculture, d’où l’intérêt d’étendre ce nouveau produit de notre maison aux secteurs non agricoles. Oui, assurer les paysans est une grande première en Côte d’Ivoire. Le système classique des compagnies d’assurance basé sur le revenu mensuel, excluait jusque là les paysans. Là où l’on parle de disparité sociale, je parlerais plutôt de défaillance de ce système qui aurait dû penser à une formule spécifique plus souple pour ce secteur où le revenu est annuel. Le secteur agricole avait besoin d’une étude approfondie visant à alléger la tâche aux assureurs. En notre qualité d’encadreurs, c’est le rôle qui nous était dévolu, et nous l’avons bien joué. Nous avons devancé l’Etat en testant l’AMU, car notre assurance n’est que la phase pilote de ce grand projet gouvernemental. Nous souhaitons que les paysans se l’approprient en attendant le démarrage effectif de l’AMU.

« P&D » : Si on part du principe que l’AMU est une assurance de base comme la Sécurité Sociale en France, la santé verte, votre trouvaille, est-elle une mutuelle complémentaire ou au contraire une phase pilote de ce projet révolutionnaire de la Refondation ?
JCB : Je le disais tantôt, la santé verte, notre produit n’est que la phase pilote de l’AMU. Nous sommes donc en phase avec la cellule présidentielle chargée de ce projet, dirigée par Madame la Ministre Clotilde Ohouochi. Nous nous voyons régulièrement dans ce cadre pour de fructueux échanges. Toutes nos séances de travail devraient normalement déboucher sur la phase de sensibilisation. Au total, nous sommes en parfaite harmonie avec le système mis en place par le Président Gbagbo, et c’est dans ce cadre que nous oeuvrons. Dans l’AMU, il y a deux caisses, la Caisse Sociale Agricole qui s’occupera de tous ceux qui sont dans le secteur agricole et la Caisse Nationale d’Assurance maladie qui s’occupera des secteurs autres que l’agriculture. L’analyse des secteurs d’activité montre que celui de l’agriculture qui n’a connu aucun recensement, est le moins connu et le plus difficile à maîtriser, contrairement aux autres. En Côte d’Ivoire, tout le monde est agriculteur, mais on ne sait pas qui vit vraiment de l’agriculture. Nous avons précédé les pouvoirs publics sur le terrain pour étudier minutieusement ce secteur, pour élucider les zones d’ombre, c’est la meilleure préparation à la mise en œuvre de l’AMU. Nous allons démarrer notre projet avec un échantillon représentatif de 100000 familles et nous progresserons dans le temps. Nous traçons progressivement les sillons de l’installation de l’AMU. Le secteur privé qui est notre partenaire technique en terme d’opérateur, nous permet d’identifier tous les maux qui minent le secteur agricole. Après l’assainissement de ce secteur, il n’y a aucun doute que d’autres opérateurs se joindront à la SIDAM. Et c’est le lieu d’affirmer que le secteur agricole est une clientèle potentielle pour de nombreux opérateurs économiques. C’est à ce prix que toutes les couches sociales auront une couverture médicale.

« P&D » : Est-ce à dire que ce produit qui devrait faire la fierté de la filière café-cacao, est exclusivement aux agriculteurs ?
JCB : Nous voulons éviter l’exclusion qui risque de compromettre la solidarité, le gage du succès que nous appelons de tous nos vœux. Nous prendrons en compte tous les agriculteurs, ceux qui vivent exclusivement de l’agriculture et ceux qui ont ce métier comme activité secondaire ; au risque de tuer le produit. Car une sélection sans véritable fondement va provoquer des frustrations et décourager les souscripteurs. En un mot, notre produit s’adresse à tous ceux qui ont une activité agricole et qui sont dans une coopérative. Car nous voulons former, formaliser et surtout renforcer les coopératives agricoles qui sont l’outil primordial pour le développement. Nous voulons aussi offrir aux jeunes médecins fraîchement sortis des universités, l’opportunité de s’installer pour s’occuper du monde rural. Nous constatons que du fait de l’absence de couverture médicale dans le milieu rural, les cliniques privées l’ont ignoré royalement. L’avènement de notre produit garantit désormais la crédibilité de ce secteur et offre à la médecine privée la garantie de paiement de toutes les prestations en faveur de ce secteur par les compagnies d’assurances. Les cliniques privées spécialisées en médecine rurale pourraient pousser comme des champignons, car le nouvel environnement le permettrait. Les médecins en quête d’emploi s’en trouveraient soulagés, car l’étude de faisabilité qui commande leur installation, serait fonction du nombre d’assurés dans une zone donnée. Le développement de la médecine privée en milieu rural pourrait pousser la médecine publique à s’équiper davantage pour prétendre mener la concurrence avec les cliniques installées dans les villages. Cette concurrence déboucherait sur le meilleur équipement des structures sanitaires en milieu rural comme en milieu urbain. La santé verte vient créer un pouvoir d’achat, un pouvoir de couverture médicale, de façon solidaire. Elle vient assurer la santé de tous les Ivoiriens, car 18 millions d’assurés, c’est toute la Côte d’Ivoire. Comme la santé précède le développement, nous acheminons vers le développement durable.

« P&D » : Avez-vous un appel à lancer à votre cible privilégiée ?
JCB : Je lance un vibrant appel à tous les cadres, à commencer par vous-même qui avez des parents au village ; pour dire que notre produit vise à libérer les cadres et autres salariés. Le cadre, on le sait, dépense en moyenne un million de francs par an pour ses parents qui vivent au village. Mais force est de reconnaître que ces dépenses se font de façon désordonnée, dans des conditions catastrophiques. Soit pour enterrer les morts, soit pour soigner les malades alors que la maladie est déjà très avancée. Nous voulons que les cadres aident leurs parents à programmer les ressources nécessaires à l’assurance de leur santé. Nous voulons que nos parents qui vivent au village, s’adressent aux structures spécialisées pour leur santé, comme le font les fonctionnaires et les salariés du secteur privé. Ce qui ressemble à un privilège pour le milieu rural ne coûte que 137.000 F ou 171.000 F par an. Avec 171.000 F, on assure une famille de 10 personnes. Pour 1.700.000 F, 10 familles sont assurées. Celui qui investit cette somme pour assurer la santé de 10 familles, peut vaquer tranquillement à ses occupations, convaincu que les maisons d’assurance, les structures spécialisées et les médecins s’occuperaient efficacement de la santé des siens. Cela éviterait les improvisations, les interventions catastrophiques dignes d’un pompier, face à des cas désespérés. J’invite les parents à plus de vigilance. Je les invite ici et maintenant à être conscients de leur propre santé. Car rien n’est possible sans la santé. C’est elle qui conditionne la productivité du travailleur. Les parents dont l’activité nécessite une débauche d’énergie ont l’obligation de s’assurer pour maintenir ou au mieux améliorer leur productivité. Il y a des superstitieux qui prennent un malin plaisir à propager l’adage suivant : « celui qui programme sa santé tombe malade ». Ils ne faut pas les suivre dans leur logique. Il est plus que jamais indispensable de se soigner au lieu de regarder les sociétés de pompes funèbres prospérer dans nos villes.

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